Une maison de poupée : l’histoire d’une eau endormie

19 décembre 2016, , , , , , , ,

affiche-une-maison-de-poupeeNora est une femme assez légère, dit-on, mais entre l’inné et l’acquis, l’être et le paraître, Une maison de poupée, d’Henrik Ibsen, explore les chaînes encore bien contemporaines d’une société où être sûr de soi vaut mieux qu’avoir raison.

  • L’histoire : Nora semble avoir la vie facile en épouse d’un homme à la carrière en plein essor. Mais lorsque son passé lui revient, elle qui n’a été courageuse qu’en catimini va devoir assumer ce qu’elle est vraiment.
  • Sur scène : Quatre comédiens, deux hommes et deux femmes, évoluent dans cette scène coupée en deux. Devant, un petit appartement d’apparence cossue ; au fond, l’extérieur, derrière une vitre, avec le son astucieusement amplifié pour donner une impression de distance, d’ailleurs.

Car l’héroïne de cette pièce se débat avec l’extérieur, avec les contraintes, avec les autres. Elle qui semble ne connaître que les ennuis les plus futiles est comme enfermée dans sa tour de verre, contrainte par les hommes dans cette pièce résolument féministe, car humaine.

Comme l’histoire, les personnages n’évoluent pas particulièrement, ils se révèlent. Henrik Ibsen fait tomber petit à petit les faux semblant. Il gratte et expose par petites touches les protagonistes de son drame dans toute leur complexité.

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Une tragédie norvégienne

L’auteur place son personnage principal face à un choix impossible où se mêlent les intrigues personnelles et politiques, faisant prendre à sa pièce un air de tragédie du XIXe siècle. Le spectateur se trouve alors frappé par la pertinence du propos, par la justesse de certains mot, de tournures de phrases qui l’attrapent à l’âme alors qu’il se croyait simple spectateur.

Car l’étau qui se resserre sur Nora n’a rien de daté, l’homme est toujours ce qu’il était alors, et l’amour, l’argent et le pouvoir sont des passions éternelles. Preuve en est, cette pièce se déroule dans les années 60 ou 70, chères au cœur du metteur en scène, mais elle pourrait tout aussi bien se dérouler aujourd’hui.

Philippe Person a d’abord effectué un précieux travail d’adaptateur sur la pièce, coupant près d’une heure de texte tout en gardant tout ce qui en fait le sel, notamment ces phrases qui donnent des frissons, ces universelles fulgurances ainsi qu’il est parvenu à garder la manière qu’a ce tableau de se dévoiler.

Notons le travail sur les personnages, dont on comprend le comportement du début à la lumière de ce que l’on connaît d’eux à la fin. Purs et cohérents, ils témoignent d’un bel engagement des comédiens, qui interprètent des personnages affreusement humains. Mention spéciale à Philippe Calvario qui nous donne envie d’étrangler le paternaliste mari de Nora qu’il incarne avec brio.

Pour Quel Public :

Comme toutes les bonnes tragédies, Une maison de poupée est une pièce qui traverse le temps. Servie par une mise en jeu irréprochable et un écrin légèrement yéyé qui donne un peu de chaleur à cette histoire venue de Norvège, cette adaptation de l’œuvre d’Henrik Ibsen s’adresse à un public amateur de théâtre profond, intense et lumineux.

Une maison de poupée

De Henrik Ibsen

Adaptation et mise en scène Philippe Person
Traduction Régis Boyer
Avec Florence Le Corre, Nathalie Lucas, Philippe Calvario et Philippe Person
Lumières Alexandre Dujardin
Décor Vincent Blot

Saison 2016-2017

Au Lucernaire à Paris jusqu’au 12 mars 2017.

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