Miracle en Alabama

6 mars 2018, , , , , , ,

La chronique en vidéo :

L’histoire : A la fin du 19e siècle dans le sud des Etats-Unis, la famille Keller est à bout, incapable de gérer Helen, leur fille cadette à la fois aveugle et sourde. Avant de la placer dans un asile, ils font venir une tutrice spécialement du nord du pays, pour tenter d’apaiser leurs souffrances et celles de leur fille avec qui ils ne parviennent pas à communiquer.

Si ça n’est pas très engageant comme ça, gageons sans mauvais jeu de mot que cette pièce pourra bénéficier d’un très bon bouche à oreille. Et pour cause, le metteur en scène Pierre Val livre une pièce prenante, vibrante et finalement vivifiante.

Photo : LOT

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L’enjeu : parvenir à atteindre la jeune Helen. Lui apprendre à se tenir, à obéir, bien sûr, mais aussi et surtout à comprendre et à communiquer. Cet enjeu simple tient en haleine le spectateur comme le ferait un polar, tout en apportant habilement ce qu’il faut de touches d’humour.

Photo : LOT

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C’est d’ailleurs le premier écueil évité par cette pièce adaptée d’un texte écrit en 1957, et qui avait déjà connu le cinéma en 1962 : jamais elle ne tombe dans le misérabilisme. Pas de manichéisme, être sourde et aveugle ne fait pas d’Helen une victime exclusive, elle n’a pas à être prise en pitié, elle doit être aidée, tel est le message que tente de faire passer sa tutrice aux Keller et donc la pièce à ses spectateurs. Sachant que l’aider, en matière d’éducation, ça ne se fait pas forcément en douceur…

Pour servir ce texte, six comédiens et zéro fausse note. Chacun joue juste, le père autoritaire et aigri de la défaite de son camp lors de la guerre de Sécession, la mère aimante et dépassée, le frère, en conflit avec son père, Annie, la tutrice engagée, la tante, conservatrice… Et puis il y a Helen, interprétée en alternance par Lilah Mekki et Clara Brice, c’est cette dernière que j’ai vue, en jeune fille aveugle et sourde. Il serait injuste de dire qu’elle y est particulièrement convaincante… Injuste pour les autres comédiens de cette pièce parfaitement mise en jeu.

Malgré une fausse bonne idée, des enregistrements d’enfants très peu intelligibles, dans ces moments courts et peu intéressants de flashbacks, Pierre Val, comédien et metteur en scène, livre une pièce époustouflante, dont la grosse heure et demi passe à toute vitesse et qui s’octroie même le luxe d’une petite surprise finale pour les gens qui, comme moi, ignoraient tout du texte original.

Pour Quel Public : Miracle en Alabama est un polar social, entre suspense et sentiments, pour un public amateur de théâtre ou sensible à la question des handicaps. Saluons d’ailleurs l’initiative du théâtre et de la compagnie de proposer trois représentations sur-titrées à destination des sourds et malentendants.

Photo : LOT

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Miracle en Alabama, une pièce de William Gibson, adaptée et mise en scène par Pierre Val, avec Pierre Val, Valérie Alane, Stéphanie Hedin, Marie-Christine Robert, Julien Crampon et, en alternance, Lilah Mekki et Clara Brice.

Au moment de cette chronique, c’est à voir au théâtre de la Bruyère, à Paris, du mercredi au samedi jusqu’au 31 mars 2018.

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