Les ratés, le brillant récit de deux mal partis

13 février 2015, , , , , , , , ,

Photo : Service communication de la Mairie de Villepinte.

Photo : Service communication de la Mairie de Villepinte.

Les ratés, au Lucernaire, est l’adaptation d’un texte contemporain de Natacha de Pontcharra. Elle raconte la vie de deux enfants nés avec une tête de rat. Loin d’être absurde, ce texte est porteur d’un propos fort, merveilleusement servi par sa narration maîtrisée.

  • L’histoire : Jef et Jeffy, frères jumeaux, sont nés avec une tête de rat… Dès leur naissance, ces ratés sentent la honte de leurs parents, la peur des amis. On cache leur visage sous des capuches. Ils jouent avec des camarades qui les dépouillent. Ils travaillent dans un supermarché qui les disqualifie.

La mise en scène est minimale. Trois tabourets, des jeux de lumières, et c’est pour ainsi dire tout. Les trois comédiens ne quittent presque jamais le plateau.

Mention spéciale

Des trois hommes, le premier à illuminer la scène est Rainer Siervert. Le comédien d’origine allemande, déjà formidable dans France-Allemagne dans ce même Lucernaire en juin 2014, parvient par ses mimiques à se faire une insoupçonnée tête de rat. A ses côtés, Jean-Christophe Allais joue un jumeau plus en retrait, instinctif et brut, il est complémentaire et à eux deux, ils illustrent cette particularité d’être des jumeaux : différents mais à l’histoire absolument identique.

L’autrice multiplie les propos. Les ratés est d’abord une histoire de famille, avec ses jeux, sa tendresse, ses conflits. Cet amour d’un père dont Jean-Yves Duparc incarne l’amère abnégation, il les aime, mais on sent bien qu’il a fallu un peu se forcer. Surtout que leur mère, elle, ne semble pas avoir fait l’effort.

Photo/DR.

Photo : Service communication de la Mairie de Villepinte.

Les ravages de la prophétie autoréalisatrice

Sous le regard désespéré de ce père, la vie de Jef et Jeffy a été une succession d’injustices, de leur naissance au banc des remplaçants, de l’école à l’usine puis au supermarché, jamais ils n’ont eu leur mot à dire sur les règles. La vie est injuste, tel est leur quotidien, la normalité de leur monde.

Dès leur naissance, ils furent désignés. Ils étaient et seraient toujours des rats dans le regard des autres. A force d’être considérés comme tels, les deux frères pourraient bien finir par y croire, eux aussi.

Pour quel public :

Les ratés n’est pas un texte absurde, c’est un récit de vie poignant, parfois drôle, et toujours plein de tendresse. Ses propos sur la famille et l’exclusion sont servis par une narration particulièrement maîtrisée et un trio de comédiens judicieux.

L.M.

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Jean-Christophe Allais, Jean-Yves Duparc et Rainer Sievert. Photo : Service communication de la Mairie de Villepinte.

Les ratés

De Natacha de Pontcharra
Mise en scène Fanny Malterre
Avec Jean-Christophe Allais, Jean-Yves Duparc et Rainer Sievert
Costumes Delphine Capossela
Lumières Stéphane Baquet
Musique Manuel Langevin

Informations complémentaires :
. Le 20 février, l’autrice du texte sera présente au Lucernaire pour une rencontre avec le public.
. Il n’y a aucun lien de parenté connu entre l’auteur de ce site Internet (et de ces lignes) et la metteuse en scène du spectacle, malgré l’homonymie.

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1 comment to “Les ratés, le brillant récit de deux mal partis”

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