« La contrebasse », une pièce qui mérite tous les applaudissements

21 novembre 2012, , , , ,

Paradoxalement, le musicien est dominé par son instrument. Photo : Stéphane Bidouze.

Une pièce drôle et instructive, prenante, parfois poignante, « La contrebasse » se produit tous les soirs au Lucernaire. Ces compliments, elle les doit à une mise en scène respectueuse du texte, magnifiquement écrit par Patrick Süskind, auteur du célèbre roman « Le parfum ».

Un texte parfaitement servi

« La contrebasse » est un monologue, celui d’un contrebassiste passionné mais terriblement seul. Seul et complexé car son instrument n’est jamais mis en avant, en conséquence il reste lui-même perpétuellement dans l’ombre.

Personne ne fait attention à lui,  ni les spectateurs, ni les chanteurs d’opéra, ni même l’Amour. Alors ce contrebassiste tour à tour lutte pour exister et puis baisse les épaules, rentre la tête, se laissant emporter par la dépression.

Avec lui, le spectateur passe par tous les états, écoutant la leçon de musique, riant de ses emportements et se retrouvant un peu dans la solitude d’un homme qui ressemble à tous les autres.

Entretien avec Thierry Rémi, interprète de « La contrebasse »

Thierry Rémi se livre avec brio dans ce monologue, il occupe seul la scène sans jamais lasser, livrant quelques facéties à même de désamorcer l’aspect parfois tragique de la situation. Et pourtant, confie-t-il, ce fut un véritable défi.

Comment est venue l’idée de jouer cette pièce ?

Thierry Rémi : Stéphane Alvarez (ndr : le metteur en scène) est mélomane. Comme il me connaît bien et qu’il connaît mon jeu, il m’a proposé de jouer cette pièce. C’était il y a quelques années, j’avais hésité car en lisant le texte, je me demandais « comment le faire vivre ? » Je savais que Jacques Villeret l’avait joué et j’ai fini par me lancer.

La pièce touche particulièrement les musiciens, jouez-vous vous-même de la contrebasse ?

Thierry Rémi : Non, et comme je ne suis pas contrebassiste, j’ai dû prendre des cours, apprendre la psychologie de l’instrument, à ne pas en avoir peur. Je devais savoir le manipuler et le tenir car dans la pièce je m’assieds dessus, je lui mets le pied dessus…
Effectivement, c’est une pièce qui touche particulièrement les musiciens et à plus forte raison les contrebassistes. On entend d’ailleurs dans la salle des rires précis, dus à des détails.

Pour vous qui venez de Bordeaux, comment vous faites-vous au rythme parisien ?

Thierry Rémi : La pièce a été créée il y a quatre ans et on l’a joué une soixantaine de fois avant de venir ici. Là, on est partis pour 14 semaines, six jours sur sept. Au début, ce rythme me faisait un peu peur, mais en fait, je ne m’en lasse pas. Je prends du plaisir à trouver des subtilités dans le jeu. Chaque soir est légèrement différent du précédent.
C’est une belle expérience même si elle est un peu épuisante, surtout que je suis délocalisé et que toute ma famille est à Bordeaux. En plus, on doit faire avec cette période délicate pour le théâtre, c’est difficile car il n’y a plus d’argent et que la communication coûte une fortune à Paris. Alors on compte sur le bouche à oreille mais ça n’aurait pas été possible sans le soutien du directeur et de la programmatrice du Lucernaire qui croient en cette pièce.

Pour quel public ?

Maltraité par la musique, le personnage joué par Thierry Rémi se venge sur les instruments et les partitions. Photo : Stéphane Bidouze.

Bien sûr, les mélomanes, amateurs de musique classique et autres contrebassistes sont les cibles toutes désignées de ce spectacle.

Il s’adresse également à la tête et au cœur des amateurs d’un théâtre où le mot prime, où la scénographie comme le comédien servent un texte merveilleusement écrit.

« La contrebasse »
Pièce de Patrick Süskind
Mise en scène par Stéphane Alvarez, avec Thierry Rémi

Au théâtre Le Lucernaire.
53, rue Notre Dame des Champs
Jusqu’au 27 janvier 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h

Photo à la une : Stéphane Bidouze.

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