Edmond : du coup de génie au coup de maître

24 novembre 2016, , , , , , , , , ,

edmond-tpr-100x150-webComment l’une des pièces majeures du théâtre français a-t-elle été écrite ? C’est de façon romancée qu’Alexis Michalik répond avec un brio époustouflant à cette question.

  • L’histoire : Edmond Rostand est un jeune auteur de théâtre qui, poussé par Sarah Bernhardt, doit écrire en quelques semaines une pièce pour le célèbre comédien Constant Coquelin. Malgré une sévère angoisse de la page blanche, il compose rien de moins que Cyrano de Bergerac.
  • Sur scène : Douze comédiens animent un décor en perpétuel mouvement, navigant avec fluidité de lieux en lieux. Certains jouent plusieurs rôles, dont quelques figures majeures de la fin du XIXe siècle.

Du coup de génie…

Comment Edmond Rostand a-t-il réussi un tel coup de génie ? Malgré une oeuvre respectable, il ne reproduira rien de comparable à la puissance poétique et la qualité de narration de son Cyrano. Avant Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand est un petit auteur raillé, raconte la pièce, par Courteline et Feydeau. Après, il ne parviendra pas à s’égaler lui même.

Le postulat d’Alexis Michalik est de faire naître le génie dans la contrainte. Au départ, Edmond Rostand est dépassé par les événements. Tout petit auteur dans ce monde aux intérêts multiples et divergents, il semble comme au ralenti, pris dans le flot des événements – un effet souligné avec finesse par les mouvements rapides et fluides des décors autour d’Edmond (incarné par Guillaume Sentou).

Dans la contrainte

Guillaume Sentou (Edmond)

Guillaume Sentou (Edmond)

A l’image du court métrage George Lucas in love, Edmond trouve ses premières inspirations dans son environnement, par exemple la tirade des nez qui découle de la colère d’un serveur, Alexis Michalik en profitant pour évacuer immédiatement la question de la célèbre tirade, car ce qui est fait n’est plus à attendre.

Le temps manque et les exigences s’accumulent. Celui-ci veut une pièce en trois actes, celle-ci a trop de texte, cet autre joue particulièrement mal… Pire encore, il est marié et heureux jeune père : un poète sans passion quand l’artiste a besoin d’une muse.

Ces accrocs sont autant de cadres qui le poussent dans ses retranchement, avant qu’il brise à son tour ses chaînes dans une déferlante de créativité. Le porteur d’histoire rendait hommage à tous les récits, Edmond est à la fois un hymne aux créateurs et quasiment un documentaire sur le processus de création.

…Au coup de maître

Photo : Alejandro Guerrero.

Photo : Alejandro Guerrero.

Cette thèse, Alexis Michalik la livre dans un écrin en or massif. La direction d’acteur en jeu et dans les mouvements est à la fois précise et humaine. La narration évite les formules tarte à la crème en rendant le déroulé des événements crédibles. Le tout avec du caractère quand Courteline et surtout Feydeau sont dépeints en starlettes cyniques, à l’image de certains producteurs de télé ou de musique d’aujourd’hui.

Ce caractère est ce qui différencie les succès populaires des œuvres éternelles. Et Edmond n’en manque pas. Construite comme l’autopsie d’un échec annoncé, la pièce dont on sait pourtant la conclusion mêle le comique et le suspense, assemble les pièces du puzzle avec patience et finit par offrir à son public un long moment de plénitude quand enfin tous les efforts sont sur le point d’être récompensés.

Pour Quel Public :

Bouleversante, drôle et attendrissante, « Edmond » est un émerveillement dont on sort le cœur rempli de joie et de satisfaction. Coup de maître d’Alexis Michalik, le niveau de connaissance de « Cyrano de Bergerac », selon que vous l’ayez relu hier ou bien jamais entendu parler, changera votre expérience vis-à-vis de la pièce, mais procurera le même émerveillement. Pour quel public ? Tout le monde, sans exception.

Edmond

De Alexis Michalik
Mise en scène Alexis Michalik
Avec Pierre Bénézit, Christine Bonnard, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Kevin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Christian Mulot, Guillaume Sentou, Régis Vallée et Valérie Vogt
Scénographie Juliette Azzopardi
Lumières Arnaud Jung
Costumes Marion Rebmann
Musique Romain Trouillet
Assistante Aïda Asgharzadeh
Combat François Rostain

Saison 2016-2017

Jusqu’au 30 avril 2017 au théâtre du Palais Royal à Paris.

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