Dramuscule, les mots où ça fait mal au théâtre de Poche Montparnasse

3 décembre 2013, ,

Judith Magre et Catherine Salviat. Photo : Pascal Gely.

Dramuscule est un recueil de pièces courtes écrites par Thomas Bernhard vers la fin de sa vie, en 1988. Catherine Hiegel et le théâtre de Poche Montparnasse en ont choisi trois dans lesquelles l’auteur revient sur la violence infinie du racisme ordinaire.

  • Au sortir de l’église ou bien à la maison, des femmes dévotes, pleines de principes, se dévoilent dans toutes leurs contradictions dès lors qu’il s’agit de désigner un coupable, forcément différent, de préférence étranger.

Les trois pièces sont clairement séparées, l’une après l’autre elles viennent porter un message féroce contre la religion ou la police. Si la peur est à l’origine de la haine, le constat dressé par Thomas Bernhard est fait sans tendresse, sans excuses pour ceux qui, comme on dit, « se trompent de colère ».

Judith Magre. Photo : Pascal Gely.

Antiracisme dur

Pour interpréter ses deux rôles principaux, Catherine Hiegel a choisi Judith Magre (déjà présente à l’affiche d’Inventaires l’année dernière) et Catherine Salviat. Accompagnées par Antony Cochin, sorte d’homme à tout faire, elles portent sur elle d’interpréter l’ambivalence de ces gentilles petites dames. Complémentaires et justes, leur interprétation crédibilise d’autant plus le discours.

Et puis tout à coup, entre deux scènes, une interruption. Sous prétexte d’un petit jeu avec le public, Dramascule dresse un portrait à travers les âges du racisme. Dans la salle, l’incrédulité se meut en consternation, la démonstration est implacable : pour être néfaste, pour imprégner la population, le racisme a été pensé par ceux dont c’est le métier, qu’ils soient brillants philosophes ou illustres hommes politiques.

Ainsi, lorsque le théâtre fait son retour pour une ultime scène intitulée match, toutes les pièces de la pensée de Thomas Bernhard s’imbriquent. S’il est si féroce à l’égard du racisme des petites gens, c’est que cette haine ordinaire n’était rien de moins que le terreau sur lequel le nazisme a poussé.

Pour quel public :

Le théâtre de Poche Montparnasse délivre une nouvelle fois une pièce choc, juste et dure, jouée avec finesse, choisie avec application et aux effets dévastateurs. Pour ne rien gâcher, une note d’humour grinçant ajoute une dose de rire salvatrice à l’ensemble.

Dramuscule

Pièces courtes de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell
Mise en scène de Catherine Hiegel
Avec Judith Magre, Catherine Salviat et Antony Cochin.

Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30.
Théâtre de Poche Montparnasse,75, boulevard du Montparnasse.

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1 comment to “Dramuscule, les mots où ça fait mal au théâtre de Poche Montparnasse”

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