Chère Elena, huis clos à haute tension

1 octobre 2014, , , ,

chere-elena-theatre-de-pocheLe Théâtre de Poche Montparnasse programme une nouvelle fois un spectacle à l’écriture maîtrisée. Chère Elena est l’histoire d’une montée en tension, d’un affrontement psychologique d’une extrême violence entre quatre élèves et leur professeur de mathématiques.

  • L’histoire : Quatre jeunes gens veulent la clef du coffre qui renferme leurs copies. Dans la Russie soviétique des années 80, cet examen final décide de leur destin, il est donc décisif. Mais Elena ne les laissera pas tricher, pleine d’idéaux, elle refuse de leur donner la clef. Leur demande se fait de plus en plus pressante à mesure que la nuit avance.

Sur la petite scène du Théâtre de Poche Montparnasse nulle échappatoire, Elena est cernée. Mais elle n’est pas une simple victime, elle a des arguments pour lutter dans ce combat rhétorique. Face à elle un jeune homme, Volodia (joué par François Deblock), qui manipule les trois autres. Ils sont l’enjeu, ce sont eux qu’Elena doit faire douter, convaincre. Car Volodia, animé par un sentiment d’invincibilité et de surpuissance, n’est pas récupérable. Ce diplomate en culottes courtes dispose d’une arme fatale : l’absence de scrupules.

Résumer ce conflit à un affrontement entre cynisme et idéaux serait oublier les nombreuses zones d’ombre. Chère Elena est l’histoire d’un conflit de générations entre des jeunes effrayés par l’avenir et une dame dont le parcours professionnel touche à sa fin. C’est l’histoire d’une Russie soviétique aux inégalités devenues insupportables.

Photo : Pascal Gely.

Photo : Pascal Gely.

Tension et soulagement

Myriam Boyer est d’une justesse absolue en Antigone de l’éducation. Autour d’elle, les quatre jeunes gens pêchent parfois par inexpérience, mais passer outre quelques maladresses ne demande que peu d’efforts. En sortant de la pièce, on retient surtout l’extrême tension et l’extrême violence qui se dégagent de cet affrontement, au point que les saluts sont un palier de décompression bienvenu avant de quitter la salle.

Voir les comédiens sourire et Myriam Boyer les serrer contre elle dans un geste très maternel est un soulagement. Il est nécessaire après avoir été percuté de plein fouet par une histoire savamment construite dont la tension grimpe avec une diabolique régularité, jusqu’à explosion.

Pour quel public :

Les portraits dressés sont crédibles au point qu’il n’est pas rare de se retrouver dans la personnalité des personnages, que ce soit cette jeune femme sûre de sa beauté, ce gamin effrayé par l’avenir, cet ado qui se croit invincible ou Elena, l’idéaliste, l’Antigone. Chère Elena fait vivre au spectateur une expérience traumatisante, l’affrontement entre ces jeunes gens et leur professeur de mathématiques atteint des sommets de violence psychologique. La pièce le pousse aussi à réfléchir sur les besoins de mutation d’une société, quelle qu’elle soit, que les jeunes générations tombent ainsi dans le cynisme n’a rien de spécifique à l’Union Soviétique.

Photo : Pascal Gely.

Photo : Pascal Gely.

Chere Elena

De Ludmilla Razoumovskaia, traduction Joëlle et Marc Blondel.
Mise en scène Didier Long
Avec Myriam Boyer, Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock et Jeanne Ruff.
Scénographie Jean Michel Adam et Didier Long
Musique François Peyrony

Production Théâtre de Poche-Montparnasse

Saison 2014-2015

Au Théâtre de Poche Montparnasse du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h.

Jusqu’au 25 janvier 2015

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3 comments to “Chère Elena, huis clos à haute tension”

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  3. […] Le roman de Robin Maugham fut autrefois adapté au cinéma en 1963 par Joseph Losey avec Harold Pinter au scénario. Aujourd’hui, le Théâtre de Poche en produit l’adaptation sur scène, une nouvelle réussite après l’époustouflante Chère Elena. […]

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