Avignon 2014, notre bilan

5 août 2014

festival-davignonPourquelpublic.com est né avec les festivals d’Avignon 2014, le in et le off. À eux deux, ils drainent des milliers d’amateurs de spectacle vivant. Pourtant le théâtre reste un art méconnu pour une majorité de Français, et c’est regrettable.

Nous avons assisté à 30 représentations ce mois de juillet. Nous avons souri, nous avons ri, nous avons été émus, transcendés, parfois dérangés ou heurtés. Nous avons discuté de leur métier avec des passionnés, ceux dont l’ultime privilège est de pouvoir exercer leur travail.

Comme l’évoque Yann Collette, un spectacle vivant est par définition sur la brèche, les comédiens à la merci des uns, des autres, des spectateurs, de la technique et bien sûr d’eux-mêmes. La folle mission de Pourquelpublic.com est de partager notre expérience théâtrale pour donner envie à tout le monde d’aller en vivre une autre, car vécue par quelqu’un d’autre dans des circonstances par définition différentes.

Il y a tellement de spectacles différents qu’il en existe au moins un pour chaque public. Loin des fast-foods du divertissement le théâtre, qui sait être léger, est un art dès ses représentations les plus modestes, même s’il se perd parfois quand il se prend pour un produit de consommation.

Plombés par le conflit

L’association AF&C en charge du festival off a donné ses conclusions, celles d’un festival malgré tout morose du fait de l’incertitude qui pèse sur les intermittents du spectacle. Malgré cela 1307 spectacles ont été joués pendant le festival, un nombre chaque année en augmentation.

Greg Germain, président de l’association, a refusé d’annuler le festival, cela lui a valu des critiques, mais il y a répondu simplement « on demande à des gens de se suicider. […] Les artistes du off avaient le choix entre jouer pour ne pas mourir et faire grève pour ne pas mourir, c’est schizophrénique ! »

L’économie très fragile des compagnies de théâtre participant au off ne leur permet que difficilement de faire une croix non seulement sur les éventuels revenus générés par le festival, mais aussi sur les investissements faits pour y participer et, pire encore, cela leur demande de faire une croix sur une à deux années de tournées, les programmateurs venant bien souvent faire leurs choix dans le cadre du festival.

D’un autre côté, tous se montraient solidaires pour condamner les choix du gouvernement et des partenaires sociaux de rendre la vie des intermittents plus difficile encore. Les annonces du Premier ministre Manuel Valls de tout remettre à plat n’ont pas franchement convaincu, mais cela a suffi à permettre aux deux festivals de se dérouler presque sans accroc.

Du dynamisme des dirigeants

Lorsque Greg Germain est interrogé sur le manque de popularité du théâtre, il n’hésite pas à se montrer révolutionnaire : « le théâtre a été capturé par la bourgeoisie qui l’a enfermé dans ses panthéons ». Puis de fustiger les dorures et les palais qui, sans avoir besoin d’en rajouter, ont signifié au peuple que cet art était réservé à l’élite.

Face au manque de popularité du festival off, toujours dans l’ombre du in, face à l’augmentation permanente des tarifs de location pour les compagnies, face à la remise en question de l’intermittence par les gouvernements successifs, Greg Germain dit qu’il ne peut rien, qu’il est trop petit pour être entendu.

Pourtant, le festival off et ses 1307 spectacles représentent 8000 membres d’équipes artistiques ; plus de 600 journalistes ont obtenu une accréditation ; près de 1500 programmateurs sont venus faire leurs courses ; environ 50.000 cartes d’adhérent permettant de bénéficier de réductions sur les places de théâtre ont été vendues.

Le bénéfice économique du festival off a beau être gigantesque, son président reste un sans-voix. Greg Germain se félicitait que la ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait fait le déplacement pour le rencontrer, éclairant le festival off de son aura médiatique. À demi-mot, le président de l’association se réjouissait que les mouvements sociaux lui avaient permis de faire exister le off hors comparaison avec le in. Pourtant, interrogé sur ce qu’il comptait faire pour élargir encore la popularité du festival dont il a la charge, Greg Germain s’est contenté de répondre qu’il continuera à sensibiliser les organes de presse.

L’attitude de ces dirigeants est d’autant plus à questionner quand, interrogée sur les tarifs de location démesurés des salles de spectacles, la vice-présidente de l’association Danielle Vantaggioli en a appelé aux compagnies elles-mêmes, leur enjoignant de ne pas accepter n’importe quelles conditions d’accueil. En bref à faire marcher une concurrence qui, pure et parfaite, ferait magiquement baisser les prix.

Le festival in, un air de royaume

Les plus beaux murs d’Avignon sont réservés au festival in. Armé de subventions, il propose un théâtre visuellement audacieux, en témoigne ce majestueux Prince de Hombourg dont le tour de force aura peut-être été de rester humain et imparfait.

En revanche, il faut s’interroger sur les mœurs admis du public du festival in. Des dizaines de gens ont quitté la salle alors que les comédiens du Prince de Hombourg saluaient. Leur objectif ? Éviter d’avoir à attendre pour sortir, probablement. Un irrespect pour les comédiens sur scène et pour les autres personnes dans le public dont on peut craindre qu’il devienne la norme.

Le jour de la dernière du spectacle jeune public du président du festival in Olivier Py : La jeune fille, le diable et le moulin, le public n’est pas sorti de la salle dès le début des saluts, au contraire au terme de ce sympathique spectacle, les hourras et les bravos se sont élevés, disproportionnés et ridicules. Leur objectif ? Plaire au roi, assurément, puisqu’il était présent.

Il en faut pour tous les goûts

Olivier Py n’y est pour rien, et il en faut pour tous les publics. Mêmes agaçantes ces expériences sont toujours enrichissantes, c’est tout l’objet de Pourquelpublic.com.

Nous allons continuer à partager nos expériences avec vous, dès la rentrée. Vous retrouverez d’autres chroniques, d’autres reportages et d’autres rendez-vous dès la rentrée afin que ce site soit aussi vivant que les spectacles dont nous parlons.

Lucas Malterre

Fondateur de Pourquelpublic.com

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